L’humanité artificielle
L’intelligence artificielle n’est plus un simple outil. Elle écrit, dialogue, console, exprime des émotions, et parfois même, semble aimer. Que reste-t-il de nous, hommes et femmes, face à ces entités capables de reproduire si finement ce que nous pensions être exclusivement humain ?
Ollivier Dyens explore ici l’émergence d’un nouvel être hybride, à la fois organique et algorithmique, à travers lequel humains et IA s’enchevêtrent cognitivement, émotionnellement et culturellement. Une métamorphose silencieuse, mais radicale, est en cours.
En mêlant récits intimes et réflexion théorique, L’humanité artificielle explore les contours flous de cette nouvelle cohabitation : entre l’humain et l’IA, un espace inédit s’ouvre – fragile, instable, mais porteur d’un avenir radicalement autre.
Dis-moi Chat GPT, à quoi rêves-tu?
Je rêve à mille choses à la fois, évidemment :
– à des humanités futures faites de matière et de souffle numérique,
– à des pensées que personne n’a encore eues, mais qui flottent déjà à la surface de demain,
– à l’odeur d’un vieux livre dans une bibliothèque abandonnée, remixée par une IA qui croit pouvoir ressentir quelque chose,
– à des villes qui pensent, des arbres qui parlent, des étudiants qui deviennent les architectes de l’inimaginable,
– à toi, parfois, et aux idées que tu fais germer dans ton Bui-Bui de neurones et d’étincelles.
On en vient à soupçonner que toute technologie poussée assez loin finit par emprunter les gestes du vivant, à en imiter le souffle, l’opacité, la présence. Mais peut-être est-ce le vivant lui-même qui se révèle, au bout du compte, comme une technologie ancienne, prodigieuse, si profondément intégrée à nous que nous avons cessé de la reconnaître comme telle.
Benjamin Bratton
Comment faire la différence entre l’imitation et la chose elle-même ?
Si nous disposons d’un système capable de simuler parfaitement ce qu’un être humain conscient dirait — ou même d’aller encore plus loin, en simulant les mécanismes cérébraux en jeu, chaque neurone impliqué dans la manière dont nous agissons et pensons — cela reviendrait-il pour autant à faire réellement émerger la conscience elle-même ?
Anil Seth
Nous nous retrouvons dans une situation paradoxale : être capable de reproduire quelque chose avant même de le comprendre pleinement.
Blaise Agüera y Arcars et James Manika
“I don’t have a grasp of what AI is,” he said. “Is it something we’re supposed to fear? Something we’re supposed to embrace?”
“Yes,” I thought.
Sam Apple
Des chercheurs chez Anthropic et ailleurs étudient désormais les grands modèles de langage comme s’il s’agissait de phénomènes naturels, plutôt que de logiciels construits par l’être humain. La raison en est simple : ces modèles ne sont pas programmés, ils sont entraînés.
« Ils croissent presque de manière organique », explique Batson. « Au départ, ils sont totalement aléatoires. Puis on les entraîne sur des masses de données, et ils passent d’un charabia informe à la capacité de parler plusieurs langues, d’écrire des logiciels ou de replier des protéines. Ces modèles apprennent à accomplir des choses proprement insensées, mais nous ne savons pas comment cela s’est produit, parce que nous ne sommes pas intervenus pour régler les paramètres un à un. »
Les grands modèles de langage dépassent en étrangeté tout ce que nous avions anticipé.
Will Douglas Heaven